La vengeance à l’écran

Les passionnés de littérature (ainsi que les vieux gâteux) tiennent le même sempiternel discours, un livre vaudra toujours mieux qu’un film. Il s’ensuit qu’une adaptation ciné ou télé, qu’elle soit bonne ou mauvaise, ne sera jamais à la hauteur du roman dont elle est tirée.

Soit. Un livre, c’est plus riche. Un livre, c’est plus intime. Et mon côté snob crie « un livre, c’est plus intello ».

Et pourtant… Outre le fait que le cinéma est aussi digne d’éloges que la littérature, certaines adaptations transforment les mots en étincelles.

J’avais vu – il  y a bien longtemps – le Comte de Monte Cristo à la télévision, et plus précisément l’adaptation française de 1998, celle ayant institué Edmond Dantès sous les traits de notre Depardieu national. En lisant le livre récemment, qui est une petite merveille soit dit en passant (honte sur moi d’avoir attendu aussi longtemps !), il m’est venu à l’idée de revoir cette adaptation sous un nouvel œil, adulte et averti. Un petit coup de dicton pour métaphoriser cela : un homme ayant lu en vaut deux. Car alors on peut juger du livre et de l’adaptation.

Or ce film-là ou plutôt cette série, qui doit entrer dans les normes temporelles du 90 minutes, a su éliminer les digressions romanesques de l’auteur et ne garder que l’essentiel du récit. Et comble de la pédagogie, le premier épisode s’ouvre sur un résumé de l’histoire :

«  Crois-tu que j’aime être le Comte de Monte Cristo ? C’est un homme terrible, impitoyable et froid. Mais ce n’est pas moi qui ai voulu devenir cet homme-là. Moi, il me suffisait d’être Edmond Dantès, je n’attendais rien d’autre de la vie, mais ils m’en ont empêché. Villefort, Morcerf, Danglars et même l’autre larve de Caderousse, qui savait tout et qui n’a rien dit. En essayant de tuer le jeune marin qui ne demandait rien à personne, ils ont fait naître le vengeur qui vient leur demander des comptes. Eh bien, tant pis pour eux. »

Cela suffirait à n’importe quel imbécile pour deviner la couleur de la suite. Mais trêve de raillerie, n’est-ce pas exactement ce qu’on attend d’un film et a fortiori d’une série ? De se laisser porter ? Bon, bon, c’est ce que MOI j’en attends. Le trop intellectuel sur un écran me fatigue. Après tout, il y a les livres pour ça, non ?

Mais revenons à nos moutons : le succès de l’adaptation. Comme je le disais, la série se fait pédagogique, centrée sur l’essentiel et surtout, le plus important, sur les émotions, que ce soit ceux des personnages (les acteurs ne sont pas des plus mauvais) ou ceux du spectateur. Plus d’un sera touché par l’intensité des scènes, qui ferait pâlir d’envie les dramaturges classiques du XVIIe.

Voyez un peu cet extrait, ici*.

Il faudrait se leurrer pour ne pas reconnaître les génies combinés de l’équipe du film.

Mrs Hinch

*La série est disponible (quasi) en entier sur Youtube. Oui, ce n’est pas bien : )